De retour au Porgy après dix ans : Kollegium Kalksburg
Le Kollegium Kalksburg nous a invités à un voyage musical autour du monde sous le signe du cœur viennois noir comme du charbon.
Au Porgy & Bess, établissement de jazz, ce sont en général des plaisirs fiables qui chatouillent les tympans à la fin d’année. Karl Ratzer joue du violon au réveillon depuis toujours, Raphael Wressnig extrait beaucoup d’âme de son orgue Hammond le jour de l’an. Et oui, la combo notoirement anarchique du Neues Wienerlied, Kollegium Kalksburg, a déployé son bestiaire viennois le jour de Noël pendant une éternité.
Puis un désaccord est survenu et la tradition s’est éteinte. Pendant dix ans. Pour le soulagement des fans de longue date, cette terrible période est maintenant terminée. Quant au Kollegium Kalksburg lui-même, il est animé par un mécanisme mystérieux. Il y a toujours un peu de discorde en lui. Les messieurs se disputent et s’agacent régulièrement, même devant le public. Et cela depuis 28 ans.
Désaccord notoire
Le chanteur Vincenz Wizlsperger écrit toujours ces jolies setlists, auxquelles les autres ne veulent justement pas se conformer. Et si les autres le faisaient, Wizlsperger dévierait. Ce désaccord notoire est apparu très tôt cette fois. L’ouverture prévue « Des kaun wos wean » a donc été tout simplement supprimée. Les messieurs ont commencé par le morceau apocalyptique « Mir hams mein Schrebergarten g’numman », autrefois écrit par Walter Pissecker et élevé au rang de classique par Karl Hodina. De la remise à outils au lilas, la pelleteuse maléfique a quasiment tout aplani dans ce scénario, ce qui touche l’âme viennoise. Probablement même la nourriture où reposaient le bacon et le Veltliner Doppler. Est-il préférable d’écouter cette musique sobre ou avec un peu d’émotion ? En tant que compagnon de longue date du combo, qui maîtrise parfaitement l’équilibre entre réflexion et abandon, on a essayé les deux mais on n’a toujours pas de réponse.
La tuba a gémi
La plongée dans les profondeurs du cœur viennois noir comme le charbon s’est poursuivie sur un ton de marche funèbre. Le « Couplet » de Joe Berger, mis en musique par le légendaire Ernst Kölz, figurait au programme. De la tuba de Wizlsperger, qui apparemment a rétréci au lavage, est sorti un gémissement terrible. Heinz Ditsch, à l’accordéon, doublait en costume Gigerlanz élégant ce que Wizlsperger gargouillait avec beaucoup d’effet : « Und olle woartn liebevoll auf des, wos kana hot. »
En tant que voyageurs du monde de l’élégie, le Kollegium a interprété ce soir-là tout ce qui était possible. Du tango de Carlos Gardel à la chanson de Jacques Brel « Le Moribond », du classique de John Lennon « Working Class Hero » à l’hymne son « Chan Chan », chanson emblématique du Buena Vista Social Club cubain. Pour ce dernier, Paul Skrepek a lancé une délicate machine rythmique mécanique à l’aide d’un spray étoilé, fascinant.
À la fin, il était clair que cette âme locale avec son penchant pour les râleries, les disputes et les exhibitions existe aussi en version internationale. S’ils avaient grandi ailleurs, ces trois figures impies auraient pu atteindre de grands sommets. Ici, ils sont condamnés à grogner comme la carpe de Noël d’antan. Dommage, mais beau.
(Samir H. Köck, Die Presse 27 décembre 2024)